Le masking, ou cet épuisement de devoir cacher qui l’on est vraiment

Plus de la moitié des personnes autistes pratiqueraient le masking, un ensemble de stratégies destinées à dissimuler leurs particularités pour « paraître normal·e » aux yeux des autres. Ce phénomène, souvent méconnu, ne concerne pas uniquement l’autisme, mais aussi des personnes présentant un TDAH, une dyslexie ou une dyspraxie. Bien que perçu par certains comme un moyen de mieux s’intégrer, il s’accompagne de risques importants pour la santé mentale.

En 2023, une étude britannique a montré que les adultes autistes ayant recours à un camouflage intensif présentaient jusqu’à trois fois plus de risques de développer une dépression sévère. Les chercheurs y voient également un facteur aggravant d’anxiété chronique, de burn-out et, dans certains cas, de pensées suicidaires.

Le masking se traduit par des comportements variés qui peuvent sembler anodins, mais qui exigent une dépense cognitive et émotionnelle considérable. Il peut s’agir d’imiter des expressions faciales observées chez les autres, de forcer le contact visuel, de contrôler sa gestuelle, de supprimer des mouvements répétitifs pourtant apaisants ou encore d’anticiper de manière excessive chaque interaction sociale. À l’école, cela revient parfois à surveiller en permanence ses réactions pour éviter tout comportement jugé inapproprié. Au travail, cela peut passer par un contrôle constant du langage corporel, une modulation de la voix ou l’évitement de comportements naturels par crainte d’être jugé. Ce contrôle permanent, invisible pour l’entourage, entraîne une fatigue chronique, des troubles du sommeil, des tensions musculaires et, à long terme, un sentiment d’aliénation identitaire.

Si le masking est particulièrement documenté chez les personnes autistes, il n’en demeure pas moins fréquent dans d’autres profils neurodivergents. Les personnes avec un TDAH peuvent chercher à canaliser leur impulsivité et leur agitation, tandis que les personnes dyslexiques mettent en place des stratégies pour contourner certaines tâches de lecture ou d’écriture. Celles atteintes de dyspraxie adaptent leurs gestes ou évitent les situations nécessitant une coordination fine. Dans chaque cas, il s’agit d’une réponse à la pression sociale qui pousse à se conformer aux comportements attendus afin de réduire le risque de rejet, de moqueries ou de discrimination.

Le masking, davantage féminin

Les attentes genrées en matière de comportement social les incitent dès l’enfance à perfectionner leurs stratégies de camouflage. Cette compétence à se fondre dans la norme contribue souvent à retarder le diagnostic, parfois jusqu’à l’âge adulte, ce qui repousse l’accès à un accompagnement adapté et aggrave la souffrance psychique. Certaines études soulignent que ce camouflage intensif est associé à un risque accru de burn-out, de dépression sévère et à la perte d’un sentiment d’authenticité.

Le masking crée ainsi un cercle vicieux : il aide à s’intégrer sur le moment, mais rend les signes de neurodivergence moins visibles, ce qui complique la reconnaissance des besoins réels. Les professionnels de santé, les enseignants ou les employeurs peuvent passer à côté du diagnostic et traiter uniquement les symptômes secondaires, comme l’anxiété ou la dépression, sans identifier la cause profonde. Cette invisibilisation retarde l’accès aux ressources et entretient un isolement qui, à long terme, fragilise encore davantage la personne.

Face à ces constats, de plus en plus d’associations et de spécialistes plaident pour un changement culturel et institutionnel. Former les enseignants, les recruteurs et les responsables d’équipe à reconnaître les manifestations du masking, même lorsqu’elles sont discrètes, permettrait de créer des environnements plus sécurisants. Les recherches montrent que lorsque les personnes neurodivergentes évoluent dans un contexte bienveillant, où leurs particularités sont acceptées, le recours au camouflage diminue nettement, ce qui réduit le stress et améliore la santé mentale.

Le masking n’est donc pas un simple effort d’adaptation ponctuel, mais un mécanisme de survie coûteux qui révèle le manque d’inclusivité de nos environnements sociaux. Reconnaître ce phénomène et agir pour le réduire représente un enjeu majeur afin que chacun·e puisse exprimer ses particularités sans craindre le jugement, et vivre pleinement dans l’authenticité.

De Laure ROUSSELET

*Source image: banque d'images libre de droits - CANVA

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